De la créativité à la création artistique


Il n’est pas faux de dire que sans créativité il n’y a pas d’activité artistique. Todd Lubart dans son ouvrage «Psychologie de la créativité», nous donne une définition de la créativité. Elle serait « la capacité à réaliser une production qui soit à la fois nouvelle et adaptée au contexte dans lequel elle se manifeste».[1]Celle-ci décrit la pensée de plusieurs chercheurs.

La créativité serait encouragée chez un individu par deux facteurs : «la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque.».[2] Le premier est issu d’une satisfaction ressentie par le sujet lors d’une activité sollicitant la créativité, alors que le second serait vécu par le sujet et généré par un bénéfice suite à la création d’un objet mettant en œuvre sa créativité (éloges, prix, récompense pécuniaire, etc.). Todd Lubart assigne six caractéristiques communes aux individus créatifs : «la persévérance, la tolérance à l’ambiguïté, l’ouverture à de nouvelles expériences, l’individualisme, la prise de risque, et le psychotisme.». [3]

Le mot «creativity» n’est apparu qu’après la 2e guerre en Amérique, alors que le mot «création» existerait depuis le XIIIe siècle selon Jean-Paul Filiod.[4] Dans son article, «Au-delà de l’art», Filiod présente quatre étapes de la créativité, considérée aujourd’hui par plusieurs comme un «processus rationnel»: la préparation, l’incubation, l’illumination et l’élaboration.[5] La créativité demeure en partie un processus irrationnel lorsqu’on s’arrête aux deux premières étapes. Bien que ces phases aient un sens pour l’artiste et recèlent un intérêt marqué, je m’attarderai dans le présent article aux recherches de Didier Anzieu (1923-1999), un psychanalyste ayant consacré au processus créateur, une grande part de ses recherches.

Il y a plusieurs approches pour aborder le processus de création. La psychanalyse est l’une d’entre elles. Que l’on soit adepte ou non «d’inconscient, du ça, moi et surmoi», le travail de Didier Anzieu, est un incontournable et mérite qu’on le visite. Dans son ouvrage «Le corps de l’œuvre (1981)», celui-ci divise le processus de création en cinq étapes distinctes[6]:

  1. «Saisissement créateur» : une sorte de bouleversement intérieur, une quête de ressources.

  2. «Prise de conscience de représentations psychiques inconscientes» : cette étape permet de nommer et de prendre conscience de ce qui a été puisé dans l’inconscient à l’étape précédente.

  3. «Instituer un corps et lui faire prendre forme» : les éléments de la deuxième étape s’organisent en un réseau cohérent qui sera le cœur de l’œuvre.

  4. «La composition de l’œuvre» : le travail de création, du brouillon à la réalisation finale.

  5. «Produire l’œuvre au dehors» : la présenter aux spectateurs, s’en détacher.

Selon Anzieu, c’est lors du passage de la deuxième à la troisième étape que la créativité par le jeu et la création dite artistique se différencient. L’artiste saura organiser, selon un code qu’il aura créé, ce qu’il a puisé en son for intérieur suite aux expériences qui l’auront marqué.

Au-delà des recherches scientifiques, chaque artiste possède une démarche et un processus de création personnels. Il a des façons de laisser émerger et de réaliser l’œuvre qui lui sont uniques. Mais à la base de l’activité artistique il y a ce besoin, ce désir qui incite l’artiste à créer. L’énergie créatrice qui l’anime définit son intensité et le guide vers la prochaine œuvre à extirper de son espace irrationnel. Nul besoin de connaître le processus, l’artiste se laisse porter. Par quoi? C’est bien là que se trouvent les mystères à élucider! Un mélange de rationnel et d’irrationnel qui, année après année, se précise.

[1] Lubart, Todd. 2003. Psychologie de la créativité. Paris : Armand Colin, p 10.

[2] Ibid., p.41

[3] Ibid., p.33

[4] Filiod Jean Paul, « Au-delà de l’art : Créativité et expérience esthésique »,

Gérontologie et société, 2011/2 n° 137, p. 37-48. DOI : 10.3917/gs.137.0037. Consulté le 10 décembre 2013.

[5] Legendre, Rénald. 2005. Dictionnaire actuel de l’éducation. Montréal : Guérin, P. 310.

[6] Anzieu, Didier. 1981. Le corps de l’œuvre. Paris : Gallimard, p.95.

Crédit photo : jbuc via Foter.com / CC BY-ND


© 2016 Annie Gauthier

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